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Sapa – Le Paradoxe du Tourisme

A mon arrivée dans la ville de Sapa, la différence avec la province de Ha Giang – tranquille et perdue – n’a pas attendu pour me frapper de plein fouet. Sapa est une « station d’altitude » construite par les Français au début du XXème siècle. Elle fut alors une destination touristique pour les français d’Indochine, avant de tomber en désuétude pendant la guerre et finalement retrouver sa fonction première pour être aujourd’hui plus fréquentée que jamais. Les bus arrivant de Lao Cai ou d’Hanoi se suivent, libérant leurs flots de touristes qui se réfugient dans les quelques 200 hôtels et guesthouses avant de suivre les guides touristiques officiel et officieux.

Il en existe de toutes sortes, des professionnels ou de jeunes fraichement sortis de l’école de tourisme de Hanoi qui s’accrochent à toutes sortes de jobs ne pensant qu’à devenir guide touristique à leurs tour. On a même le choix de suivre quelques jeunes M’Hong et leurs sourires. Bref, un embarras du choix qui ne laisse guère l’option de vadrouiller par soi-même. Cet exercice, même si on le désire très fort, s’avère impossible.

Le temps de traverser la ville à la recherche de notre guesthouse, nous sommes assaillis par des propositions de tours, d’achats de produits locaux ou encore de rabatteurs d’hôtels ou de bars.

Dans Cau May Street, la rue qui mène à notre hôtel, les restaurants aux menus occidentaux se succèdent, alternant avec des magasins de souvenirs, sans oublier les magasins d’articles de montagne derniers cris. C’est qu’il faut bien permettre aux citadins vietnamiens venus passer un week-end de randonnée extrême sur les pentes du Fansipan (le sommet du Vietnam) de s’habiller de la tête au pieds avec les marques les plus fameuses. Croyez-moi, si le représentant North Face Vietnam n’est pas un truand chinois soudoyant les transporteurs à la sortie de l’usine, la marque doit être plutôt fière d’être si bien représentée à Sapa.

Le soir de notre arrivée, nous avons donc testé un de ces restaurants de Cau May Street, sans réussir à se sentir vraiment à notre place aux milieux des gens bien habillés mangeant avec des couverts sur fond de musique d’ascenseur. Peu conquis, nous sommes partis en quête d’un endroit plus approprié à nos petites habitudes vietnamiennes, quelque chose de local. Au détour d’une ruelle, nous avons trouvé un petit troquet de trottoir influença le reste de notre séjour à Sapa.

Le propriétaire se nommait Peter, il était vietnamien mais avait adopté ce prénom lors de ses voyages, trouvant cela plus pratique que son imprononçable prénom original. Venu de Hanoi en tant que touriste, il décida d’ouvrir son café, le Corner, pour filer un petit coup de pouce aux enfants du coin en leur donnant des cours d’anglais en soirée. C’est comme ça que la nuit tombée, l’unique pièce du Corner se remplissait de gamins venus des villages avoisinant. Ils regardaient leur téléfilm chinois ou appréciaient les bienfaits d’internet grâce à l’ordinateur que Peter mettait à leur disposition. Lorsque sonnait huit heure, la leçon quotidienne pouvait commencer. Cédant à la requête de notre hôte, durant plusieurs soirées, Sophie et d’autres amis se sont succédés pour faire cours à ces gamins avides de pouvoir communiquer avec les touristes. J’ai eu comme les autres, ma soirée en tant que prof d’anglais, m’aidant de dessins pour faire passer le message. Ce qui eu l’air de leur plaire. L’attention et la gentillesse de ces enfants qui répétaient studieusement les mots inscrits au marqueur sur le tableau blanc était un telle récompense que nous ne pouvions qu’encourager les nouveaux visiteurs à prendre place devant le tableau à leur tours les soirs suivant.

Au fil des soirées passées au Corner, Peter nous éclaira sur la situation des ethnies Black M’Hong et Red Dzao, habitant autour de Sapa. C’est après ces longues discussions et les visites de plusieurs hameaux que le paradoxe du tourisme dans lequel Sapa est en train de se noyer devint un peu plus clair pour nous. Une situation difficile à exprimer en quelques mots et qui semble loin de pouvoir s’arranger.

La plus part des villageois M’hong et Dxao parlent anglais, voir même pour les anciens, des petits restes de français, héritage de l’Indochine passée. Ils ont fait de la production de vêtements et des objets de leur culture en général, un commerce qui leur permet de faire un peu d’argent. La majorité des produits sont le fruit de longues heures de tissage, couture ou broderie fourmillant de détails. De petites bonnes femmes de tous âges suivent alors les touristes dans les rues pour faire leur business. Ces vendeuses à la sauvette sont d’une gentillesse qui n’a d’égal que leur ténacité. Ce qui peut aussi jouer en leur défaveur et parfois à juste titre, excéder le badaud qui se voit littéralement assailli par ces marchandes en costume portant leur magasin sur leur dos.

Le gouvernement vietnamien, soucieux du bien-être de ses touristes et des recettes des magasins auxquels il peut soutirer quelques taxes, se fait fort de réguler toute cette agitation par des rafles de policiers refoulant les petites marchandes hors des rues fréquentées. L’idéal gouvernemental est palpable pour ne pas dire qu’il saute au yeux. Nous avons par trois fois visité ces « villages traditionnels pour constater avec déception que ceux-ci tendent à ressembler de plus en plus à des éco-musées dans lesquels les guides vous baladent sur une unique route parsemée de magasins et d’ateliers d’artisans. Depuis Sapa, toutes les routes qui mènent à ces villages sont toutes pourvues de péages dont le prix varie entre 20 000 et 40 000 Dong (ce qui en soit n’est pas grand chose mais ça en dit long sur la philosophie du business) Cet argent comme nous l’a expliqué Peter avec un sourire attristé, ne revient naturellement pas aux villageois mais dans les caisses de l’état.

L’exemple le plus frappant fut sans aucun doute le village de Cat Cat, à seulement deux kilomètres de Sapa c’est le plus proche de la ville. Une promenade qui attire un grand nombre de visiteurs par sa proximité et son accès facile. Après s’être acquitté de notre taxe de passage de 30 000 Dong chacun (env. 1€), nous avons pu longer le petit escalier ondulant en pente entre les vieilles maisons de bois du hameau. Toutes étaient reconverties en échoppes vendant les mêmes souvenirs que partout ailleurs. De temps à autre, un panneau indiquait en vietnamien et en anglais, l’emplacement d’une forge ou d’une teinturerie, pendant que des systèmes de pilons à riz, astucieusement et hydrauliquement automatisés fonctionnaient à vide en pilonnant de la boue. Deux petites bonnes femmes nous prirent en affection, ou peut-être était-ce plutôt nos porte-feuilles pleins que laissaient supposer nos imposant appareils photos… Quoi qu’il en soit, elles décidèrent d’elles même qu’elle feraient de parfaits guides touristiques pour nous, sans vraiment se soucier de notre avis. Elles nous suivirent donc, papotant de la pluie et du beau temps, plaçant par-ci par-là une petite info du genre « et là, c’est les rizières ». Souriantes et attachantes, nous avons décidé que quitte à ramener des souvenirs en France autant les acheter chez elles, leur faire plaisir et faire un pied de nez à l’office du tourisme qui stipule bien de ne rien acheter aux marchandes ambulantes. Ça bouleverserait l’économie locale. Une décision que nous auront eu le loisir d’apprécier à chaque fois que nous avons croisé Yoli, notre petite vendeuse/guide, qui nous gratifiait d’une sympathie sans borne. Après plusieurs jours passé à Sapa, Sophie – ne pouvant se retenir de « shopper » – était amie avec toutes les vendeuses M’Hong. Nous étions donc passé du « You buy something to me » à « You buy something to me today », souriantes, maiq sans plus vraiment insister. C’était plutôt un vieux réflexe bien ancré.

Quoi qu’il en soit, après toutes ces critiques à propos de Sapa, je me dois d’avouer que si nous y sommes restés cinq jours au lieu des deux initialement prévus, ce n’est pas que nous ayons complètement détesté l’endroit, loin de là. La ville a son charme, et si l’économie locale fait des ravages sur la culture, elle n’a rien entaché de la beauté des gens. Dehors comme dedans, les peuplades des montagnes resplendissent, que se soit de par leur tenues traditionnelles, portées avec fierté ou à travers leurs sourires et leurs yeux malicieux. Les quelques touristes que nous avons eu l’occasion de fréquenter au Corner, Peter et ses amis, les enfants des cours d’anglais, tous nous ont profondément marqué et je pense que cela se voit à travers la série de photos que je présente aujourd’hui.

Et si ce texte est un peu long – merci d’ailleurs à ceux qui ont tenu jusqu’à ces derniers mots – et un peu amer, c’est que cela m’attriste de voir de telles personnes se faire avaler par un système qui les dépasses. Mais que cela ne vous empêche pas, si un jour vous êtes au Vietnam, d’aller visiter Sapa et d’acheter quelques broutilles au petites vendeuses M’Hong, leurs sourires n’ont pas de prix.

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3 Réponses

  1. Très jolie photo du nord Vietnam où j’ai eu le plaisir d’y séjourner en 2006.
    Merci et à bientôt.
    Je reviendrai 😉

    octobre 16, 2011 à 5:25

  2. Magnifiques clichés !

    Pour revenir à Sapa, nous considérons que c’est l’un des fleurons du tourisme voyeuriste au Vietnam. Organisateur de séjours au Vietnam, nous boycottons cette région qui est malheureusement victime de sa beauté.
    Merci pour cet article qui vise juste.

    Bonne continuation à vous !

    avril 23, 2014 à 6:20

    • fabwittner

      Bonjour,
      Merci pour votre commentaire. C’est en effet triste de voir un endroit comme Sapa ronger par le tourisme de masse. Heureusement, il reste tout de même des endroits préservés et épargnés à travers le pays!!

      mai 1, 2014 à 6:35

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