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Dans l’Os!!

Au cours de ces huit derniers mois à voyager à travers la Nouvelle Zélande, il nous aura été donné de voir un aperçu de l’art Maori. L’inspiration aux courbes polynésiennes que le monde connait aujourd’hui à travers les motifs de tatouages empruntés à leur culture se retrouve aussi dans de nombreuses sculptures. Statues, ornements architecturaux, armes ou autres objets pratiques tels que des pirogues, sont sculptés pour y graver l’histoire de tribus, ou de familles, remplaçant, comme le tatouage, l’écriture qui faisait défaut aux Maoris avant l’arrivée des Européens.

Je ne m’étais jamais vraiment essayé à la sculpture auparavant. J’avais bien tenté de tailler quelques bouts de bois à la lame de mon Opinel, mais l’absence d’outils appropriés, de réelle motivation et certainement de talent me fit très vite comprendre que cette discipline resterait pour moi – comme la musique – un art que je saurais apprécier sans jamais vraiment pouvoir le maitriser. Du dessin à la photo, le travail du volume n’est pas appréhendé comme lorsqu’on travaille sur un morceau de bois, de glaise ou je ne sais quelle autre matière. Une approche qui m’a souvent laissé perplexe.

Pourtant, lors de mes déambulations à travers la culture maori, la sculpture s’est imposée par son omniprésence. Peu importe où notre route nous menait, quelques objets sculptés nous attendaient, racontant leurs histoires et rappelant l’importance de cet art au sein du passé de ce pays.

Il n’en fallu pas plus qu’un atelier proposant des cours de carving pour me convaincre de m’y essayer. Nous sommes donc entrés dans la boutique du « Bone Dude’s Carving Studio » où j’échangeais une poignée de dollars contre quelques heures à façonner mon premier pendentif. Mon professeur, le Bone Dude, était un Maori fort sympathique nommé John. Carveur depuis un quinzaine d’année, Il a ouvert cet atelier en 2003. Son fils était en phase de devenir « Maître Carveur », nous expliquait-il en nous montrant fièrement les masques sculptés par ce dernier dans son jeune âge. Si la hiérarchie des sculpteurs Maoris m’échappe un peu, j’imagine que le fiston était loin d’être un manche avec ses ciseaux à bois et que l’appellation « Maitre » laissait entrevoir un sacré talent.

John avait une façon bien à lui d’aborder le carving. Loin des représentations et interprétations traditionnelles qu’on pourrait essayer de vous vendre dans d’autres ateliers, il cherchait avant tout à transmettre une esthétique et restait persuadé que le sens d’une sculpture reste celui que son créateur lui donne.

Intrigué par les différents motifs qu’il proposait, je lui posais la question du sens des différents designs et lui de me répondre « Tu sais, les gens cherchent un sens, mais à l’origine on sculptait des hameçons pour pêcher, rien de plus! » Le carving de motifs traditionnels devrait selon lui rester entre les mains des personnes pour qui ces traditions ont un réel sens. Convaincu, je trouvais un motif qui me semblais réalisable et me mis au travail.

Il m’expliqua rapidement ce que j’avais à faire avant de me laisser avec mes limes, mon papier de verre et ma toile emeri suivre les lignes tracées du motif en question. Sculpter de l’os ne m’avait jamais traversé l’esprit et commençant à travailler mon petit morceau de fémur coincé dans mon étau, je découvrais une matière nouvelle à l’odeur étrange, doucereuse et dérangeante à la fois. Mais à ma grande surprise, l’os s’est avéré très agréable à travailler, souple et résistant à la fois, un bon mélange du bois et de la pierre. Non pas que je pensais le contraire auparavant, je ne m’étais tout simplement jamais interrogé sur les qualités physiques et mécaniques de l’os. En quelques heures, je limais, ponçais, affinais les courbes de mon premier pendentif. Le tout, selon la politique de John, en utilisant des outils manuels.

L’absence de machine dans mon début d’apprentissage, me fit réaliser que je pourrais certainement continuer à me faire la main au cours de mon voyage. John me conseilla sur les outils à acheter et me laissa quelques os à ronger pour me faire la main. C’est ainsi qu’une centaine de dollars plus tard j’avais mon petit atelier mobile chargé dans le van. Au cours de ces derniers mois, j’ai passé plusieurs heures, limes à la main à carver différents motifs que j’avais dessiné. Notre séjour de deux mois à Christchurch, m’a permis de profiter d’un véritable atelier (avec toit…) et de produire une petite série de pendentifs. Petite série que je compte bien compléter dans les mois qui viennent par de nouvelles pièces. Carving à suivre!

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4 Réponses

  1. Auréline

    C’est super beau ! J’adoore !
    L’artiste de la famille …
    Bisous à vous 2 !

    juin 13, 2011 à 10:26

  2. Pingback: » Wait and find! Tawhirimatea

  3. Bardot Yoland

    Bonjour, je m’appelle Yoland. Je porte peu de bijoux « traditionnels » et mon mari en a fait les frais (c’est le cas de le dire) . Je dégage un genre celtique-gothique-reaggee d’une façon générale. Mon manque de culture me faisait ignorer la sculpture de l’os, et un jour je m’ennuyais en errant dans le jardin ou j’ai trouvé un gros os sectionné façon bouchère. Après l’avoir blanchi et sans l’avoir modifié, j’en ai fait un bougeoir unique et qui ne laisse personne indifférent. J’ai essayé de toucher à de nombreux arts sans jamais vraiment réussir à les maîtriser (musique, mosaïque, peinture…) et pour la première fois je me suis sentie absorbée par la matière de l’Os trouvé dans le jardin. J’ai ensuite trouvé d’autres fragments et instinctivement me suis mise à les sculpter. Depuis j’ai réalisé 10 pendentifs. je fais également des recherches sur l’art que je croyais avoir quasiement inventé. Cette matière est comme vous l’avez décrite. Mais je n’ai pas d’outils. Juste un couteau, une scie et du papier de verre. pouvez-vous m’envoyer la liste et une photos des outils à acquérir, s’il vous plait ? Yoland

    mai 14, 2012 à 9:38

    • fabwittner

      Bonjour Yoland,

      Je m’excuse pour cette réponse plus que tardive…
      Quoi qu’il en soit, voici la petite liste des outils que j’utilise.
      -Un jeu de limes (petites et fines, on en trouve des boites avec plein de modèles différents dans les rayons bricolage)
      -De la toile émeri de tous type de grain. L’avantage, contrairement au papier de verre est le toile de se déchire pas et est très utile pour poncer les courbes internes.
      -Une scie à chantourner (prévoyez des lames de rechange ça casse vite).
      Bonne sculpture,
      Fabrice

      octobre 6, 2012 à 11:38

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